Dans une même famille, au même repas, deux personnes attrapent la même gastro-entérite. L'une est sur pied en vingt-quatre heures, l'autre met une semaine et traîne une fatigue pendant quinze jours. Le micro-organisme était identique. Ce qui a changé, en naturopathie, on l'appelle le terrain.
Sept facteurs qui ne comptent que par leur combinaison
Le terrain, c'est l'ensemble des conditions qui déterminent la façon dont un organisme encaisse. On y met l'alimentation, la qualité du sommeil, le niveau d'activité physique, la respiration, la charge de tension nerveuse, l'hérédité, l'environnement, l'histoire de la personne.
Aucun de ces éléments n'agit seul. Une alimentation correcte compense mal des nuits de cinq heures. Une activité physique régulière ne suffit pas si la charge mentale ne redescend jamais. C'est leur combinaison qui fait le terrain, et c'est pour cela qu'on ne peut pas le résumer à un chiffre.
Pasteur contre Béchamp, une querelle du XIXe siècle
L'idée n'est pas née avec la naturopathie. Au XIXe siècle, la médecine française s'est divisée sur une question qui paraît simple : qu'est-ce qui rend malade ?
Pour Louis Pasteur, la cause est extérieure : le germe. Pour Antoine Béchamp, son contemporain et contradicteur, le germe ne fait que profiter d'un milieu qui lui est devenu favorable. L'histoire a tranché en faveur de Pasteur, et la médecine moderne lui doit les vaccins et l'asepsie.
Mais la question du terrain n'a jamais disparu. La médecine contemporaine parle aujourd'hui de facteurs de risque, d'immunité, de microbiote intestinal, de comorbidités. Ce sont d'autres mots pour désigner ce qui, chez une personne donnée, facilite ou empêche l'installation d'un trouble.
Deux ou trois ajustements, jamais quinze
Travailler le terrain, c'est déplacer la question. On ne cherche pas à faire taire un signal, on cherche ce qui l'entretient, et ensuite on diminue la source des surcharges à l'origine de ce signal.
Une fatigue de fin de journée peut venir d'un sommeil trop court, d'un déjeuner qui provoque un creux à quinze heures, d'une déshydratation discrète, d'un manque de lumière du jour en hiver, ou d'une tension nerveuse qui consomme sans qu'on s'en aperçoive. Les cinq pistes appellent des réponses différentes, et aucune ne se règle par un complément alimentaire pris au hasard.
D'où la lenteur assumée de la démarche. Modifier un terrain suppose de changer des habitudes, et une habitude met plusieurs semaines à s'installer. C'est aussi pour cela qu'un naturopathe propose deux ou trois ajustements plutôt que quinze : au-delà, plus rien ne tient.
Un terrain n'est pas un diagnostic
Il faut être clair sur ce point, parce que la confusion est fréquente.
Parler de terrain ne permet pas de dire ce dont quelqu'un souffre. Un naturopathe ne pose aucun diagnostic, n'interprète pas d'analyses médicales et ne se prononce jamais sur une pathologie. Le terrain est une grille de lecture des habitudes de vie, pas un outil médical.
Devant un symptôme qui inquiète, qui dure ou qui s'aggrave, c'est un médecin qu'il faut consulter. Et un traitement en cours ne s'interrompt jamais sur les conseils d'un naturopathe.
Une semaine d’observation avant toute correction
Observer avant de corriger. Pendant une semaine, noter les heures de coucher et de lever, ce qui est mangé et à quel moment, les moments de fatigue et d'énergie dans la journée.
Le relevé gagne à être complet : l'alimentation solide et liquide, le sommeil, l'activité physique s'il y en a une, et les éliminations. Sous ce dernier mot, la naturopathie range le fonctionnement des émonctoires, les portes de sortie de l'organisme : les selles et les urines, la transpiration, les crachats ou le nez qui coule, les règles pour les femmes.
Rien de tout cela ne se devine, et personne ne s'en souvient à trois jours de distance. C'est la raison pour laquelle on l'écrit.
C'est aussi ce que reprend le bilan de vitalité, le questionnaire à remplir avant une première séance de coaching : il pose ces mêmes questions, et il est gratuit.
Ce relevé n'a rien de médical, et c'est souvent lui qui rend visible ce qu'on ne voyait plus : le café de seize heures qui décale l'endormissement de deux heures, le déjeuner avalé en huit minutes devant un écran, les trois jours par semaine sans marcher plus de dix minutes.
Le terrain se lit d'abord là, dans ce qui se répète.
Et pour votre situation ?
Ces repères valent en général. Les vôtres se regardent au cas par cas, au fil d’un échange.