Naturopathe hygiéniste : ce que le mot recouvre

Le mot figure sur beaucoup de fiches de praticiens et n’est expliqué nulle part. Il ne parle pas de propreté, mais d’un art plus ancien : celui de conserver l’équilibre.

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Hygie et Panacée étaient sœurs. Filles d'Asclépios, le dieu grec de la médecine, elles se partageaient le travail : Panacée s'occupait des malades, Hygie veillait à ce qu'on ne le devienne pas. La première a laissé son nom aux remèdes qui prétendent tout guérir. La seconde à l'hygiène.

Le mot a rétréci depuis. Il évoque aujourd'hui le savon et les mains lavées, quand il désignait l'art de conserver l'équilibre : ce qu'on fait chaque jour, sans y penser, pour que le corps tienne. C'est ce sens-là que reprend l'expression « naturopathe hygiéniste ».

Une insistance, plutôt qu'une seconde doctrine

Le vitalisme pose que l'organisme dispose d'une capacité d'auto-régulation, et que le rôle du praticien est de la soutenir plutôt que de s'y substituer. L'hygiénisme ne dit pas autre chose. Il s'occupe de la question suivante : qu'est-ce qui entrave cette capacité, et qu'est-ce qui lui rend l'exercice possible ?

La différence n'est donc pas de conviction, elle est de méthode. Un praticien qui se dit hygiéniste part de ce qui occupe les journées : les repas, le sommeil, le mouvement, la charge de tension nerveuse, l'exposition à la lumière. Les compléments, les plantes et les techniques viennent après, s'ils viennent.

C'est une position exigeante, parce qu'elle est plus lente. Il est plus facile de conseiller un flacon que d'aider quelqu'un à décaler son dîner d'une heure.

Un courant américain né au XIXe siècle

Le mouvement est apparu aux États-Unis autour de 1830, sous le nom de Natural Hygiene. Ses premières figures, Isaac Jennings et Sylvester Graham, réagissaient à une médecine qui saignait et purgeait beaucoup ; ils défendaient le repos, l'alimentation simple, l'air et l'eau.

En France, c'est Pierre-Valentin Marchesseau qui a structuré l'ensemble, en organisant la discipline autour de dix techniques et de trois cures. Vitalisme et hygiénisme s'y rejoignent : une idée sur ce dont le corps est capable, une méthode pour lui en laisser les moyens.

Ce que cela change concrètement

Une séance ne commence pas par la question « qu'est-ce qui ne va pas ? », mais par « comment vivez-vous ? ». Les heures de coucher, ce qui est mangé et à quel moment, la façon dont l'organisme élimine, ce qui pèse en ce moment.

De cet inventaire sortent deux ou trois ajustements, jamais quinze. Au-delà, personne ne tient. C'est aussi ce que reprend le bilan de vitalité, le questionnaire gratuit à remplir avant une première séance : il ne demande aucun symptôme, il demande des habitudes.

La conséquence la moins confortable de cette approche, c'est qu'elle rend la personne responsable de ce qui change. Un praticien hygiéniste ne fait rien à la place de qui vient le voir.

Ce que le mot ne garantit pas

Il faut le dire aussi clairement : « hygiéniste » n'est pas un titre protégé. Il décrit une manière de travailler, pas un niveau de formation, et n'importe qui peut l'écrire sur une plaque.

Ce qui renseigne, ce sont l'école, la durée du cursus, l'adhésion à une fédération professionnelle et son code de déontologie. Ces informations doivent être trouvables en deux clics sur le site de n'importe quel praticien. Si elles ne le sont pas, la question mérite d'être posée.

Et la limite reste la même que pour toute la naturopathie : ni diagnostic, ni prescription, ni interruption d'un traitement. Devant un symptôme qui inquiète, qui dure ou qui s'aggrave, c'est un médecin qu'il faut consulter.

Et pour votre situation ?

Ces repères valent en général. Les vôtres se regardent au cas par cas, au fil d’un échange.